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Élaboration d’une feuille de route régionale relative à la conservation des requins et des raies dans la région océan Indien occidental – Une "Task Force" à Madagascar et aux Comores en projet

Mante vampire (Mobula thurstoni), espèce de raie recensée à Madagascar

Entretien avec le Dr Norbert Andrianarivelo
Enseignant chercheur à l’Institut halieutique et de sciences marines (IHSM), représentant de l’université de Tuléar et de Madagascar à l’atelier régional du 5 au 7 avril 2017


Selon des statistiques publiées par la FAO en 2015, la pêche aux poissons cartilagineux tels que les requins et les raies, s’élève à près de 6000 tonnes par an à Madagascar. La Grande Ile serait ainsi le plus grand pays exploitant de raies et requins dans la région océan Indien occidental (OIO), comment expliquez-vous cela ?

Avant tout, il faut noter que la plupart des données relatives aux espèces de poissons cartilagineux proviennent de la pêche industrielle basée sur la pêche aux thons dont les requins et les raies ont été des captures accessoires. 

En tant qu’institut de recherche, l’IHSM a concentré ses études sur la pêche traditionnelle et la pêche artisanale à Tuléar, lesquelles représentent respectivement 20 % et 3 % de l’activité à l’échelle nationale. 

En termes de consommation locale, les poissons cartilagineux ne sont pas vraiment appréciés pour leur chair, du moins par les Vezo, communauté de pêcheurs du sud-ouest de Madagascar.

Néanmoins, face à une demande croissante d’ailerons de requins en Asie (principalement Chine et Japon), ces pêcheurs traditionnels s’intéressent de plus en plus aux requins.

En fonction de la qualité des produits – catégorie 1 à 4 – le kilo d’ailerons de requin vaut entre 60 000 et  300 000 Ar (soit entre 20 et 30 euros à peu près). Une source de revenu considérable pour les 2100 pêcheurs traditionnels de la Commune d’Anakao (sud-ouest de Madagascar - NDLR), où l’on estime à 79 le nombre de familles dépendantes de la pêche au requin, avec 4 à 5 personnes en moyenne par famille.


Les raies et les requins sont tantôt dénommés élasmobranches tantôt chondrichtyens, pouvez-vous nous éclairer ? Qu’en est-il des espèces à Madagascar ?

Dans la taxonomie scientifique, les requins et raies sont classés dans le règne animal, embranchement des chordés, sous embranchement des vertébrés, classe des chondrichtyens et sous classe des élasmobranches. Dans cette sous classe, il y a deux super ordres dans lesquels se trouvent des différents ordres spécifiques pour les requins et les raies. 

Les requins et les raies présentent des caractères généraux similaires, raison pour laquelle les études de ces deux ordres sont généralement combinées à des fins de conservation.

Selon les dernières études, on dénombre 81 espèces de requins  et de raies à Madagascar dont la moitié est endémique (42). Il a été prouvé scientifiquement qu'environ 10 espèces sont menacées, suite à des recherches effectuées entre 2012 et 2016, par l’IHSM et le Centre national des recherches océanographiques (CNRO).

Les études demeurent cependant insuffisantes. Il est nécessaire d'améliorer les connaissances sur la biologie des populations, l’écologie ainsi que l'étude des habitats des raies et des requins, préalablement à la définition d’une stratégie nationale de conservation de ces espèces.

En effet, la mise en place d’une stratégie nationale de conservation des raies et requins est  ressortie parmi les recommandations lors des travaux de groupe de l’atelier organisé par le programme COI Biodiversité en début du mois d’avril 2017.


Les requins ont toujours été considérés comme de redoutables prédateurs, pour ne citer que les attaques à répétition enregistrées à l’île sœur de La Réunion. Quelle est aujourd’hui l’utilité de protéger ces espèces ?

Les attaques enregistrées ces derniers à la Réunion restent inexpliquées. Cela confirme une fois de plus la nécessité d’approfondir les études sur cette biodiversité régionale.

Quoiqu’il en soit, le requin joue un rôle majeur dans l’équilibre des écosystèmes marins. Il constitue le plus grand prédateur au sommet de la chaîne alimentaire dans les océans, régularisant la population de poissons. Paradoxalement, l’absence de requins peut entraîner la disparition d’autres poissons. De ce fait, la pêche dépend fortement de la présence de cette espèce. On protège ainsi les requins pour des raisons biologiques, écologiques mais aussi économiques.


La stratégie régionale de conservation des raies et requins s’alignera plus ou moins aux stratégies nationales des pays membres de la Convention de Nairobi. Concernant Madagascar, quelles sont  les actions prioritaires envisagées en la matière ?

Comme évoqué précédemment, il faudra améliorer avant tout la connaissance sur la bioécologie et l’étude des habitats d’une part. Et d’autre part, renforcer les statistiques de conservation. Actuellement, les données sont centralisées auprès des ministères (pêche, environnement, enseignement supérieur et recherche scientifique), et des centres de recherche tels que l’IHSM et le CNRO. A cause de contraintes financières, les recherches se focalisent uniquement sur les 2 zones d’implantation de ces centres, à savoir Tuléar et Nosy Be. Le nombre réel d’espèces excède très probablement 100 espèces de raies et de requins à Madagascar.

Par ailleurs, la création d'une "task force" régionale a été recommandée pour tous les pays de la région sous la Convention de Nairobi lors du dernier atelier régional à Maurice au début du mois d'avril cette année. Cette entité se composerait de toutes les parties prenantes et d’acteurs intersectoriels qui pourraient être concernés par la conservation des requins et des raies. Wildlife Conservation Society (WCS) nous a déjà exprimé sa volonté de soutenir une telle démarche, en particulier dans l’organisation d’un atelier national prochainement.

L’expérience montre que toute entreprise de ce genre ne peut être efficace qu’avec l’implication des pêcheurs dans tout le processus. Cela se traduirait par la mise en place de « Dina » (convention locale), en leur expliquant pourquoi protéger ces espèces, en vue d'obtenir l’approbation des groupes cibles bénéficiaires.  

L’approche "Gestion locale Sécurisée des aires marines" (GeLoSe marine) est un exemple de bonne pratique dans la région. Cette méthode de gouvernance des ressources naturelles prône une gestion participative des ressources avec des pêcheurs impliqués à toutes les décisions, notamment aux actions de contrôle et de surveillance. La GeLoSe marine a pour avantage de ne pas se limiter aux aires protégées ; il s’étend à toutes les zones de pêches du pays. Une mise en réseau à l’échelle régionale de la GeLoSe marine a d’ailleurs été proposée dans la feuille de route commune des pays membres de la Convention de Nairobi.

 
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